Il y a 3 ans…

A cette heure, nous vivions un beau moment en famille à profiter de le fin de notre road trip sans se douter un instant que ce serait nos derniers instants tous les 6. Ce n’était pas faute de savoir que tout peut basculer en une fraction de seconde mais on espère toujours que cela n’arrive qu’aux autres ou dans un mauvais film

J’essaye ce soir de chasser de mes pensées toutes ces images et ces paroles que j’aurais aimé ne jamais vivre. Je sais que beaucoup pensent à eux, à nous ces jours-ci même parfois sans nous le dire. J’espère réussir à m’endormir avant d’arriver à cette heure fatidique, j’aimerais rêver d’eux cette nuit, cela fait maintenant des mois que ça ne m’est plus arrivé et pourtant dans mes rêves, c’est le seul moment où je peux être encore avec eux. Que serait ma vie, notre vie aujourd’hui s’ils étaient encore là ? Je sais que ça ne sert à rien de se poser la question.

Demain, il faudra trouver la force d’aller au travail et de masquer ses émotions, trouver la force de sourire en souhaitant un bon anniversaire à mon fils, cruelle coïncidence de date. C’est la 3e année, on en prend l’habitude même si je ne l’accepterai jamais.

Vous me manquez mes petits anges ❤️❤️

14 ans

Aujourd’hui, tu aurais dû fêter avec nous tes 14 ans. Quel adolescent serais tu devenu ? Aurais tu commencé à trouver ta voie ? Quelle relation aurais-tu avec tes frères et petite soeur ? Serais tu toujours câlin et affectueux avec moi ? Autant de questions qui resteront toujours sans réponse.

Comme tous les ans, ce matin, j’ai serré fort et senti l’odeur de ton doudou, ce doudou qui t’a accompagné du jour de ta naissance jusqu’à ta mort. J’ai été déposer un petit mot et une fleur au cimetière. Cette année, pas de lanterne volante car celles  qu’on a sont trop dangereuses au final. Et puis aujourd’hui les garçons n’étaient pas disponibles, après le lycée/l’école, ils sont sortis au sport et avec leurs amis, je ne vais pas les en empêcher, je ne peux pas les forcer à rester avec moi. Avec la puce, on a écrit des mots sur un papier de soie qu’on a brûlé mais ils ne se  sont pas vraiment envolés, ce n’est pas grave, c’était l’intention. Depuis quelques jours, l’approche de cette date anniversaire me rend triste. Mais les années passant, je gère mieux cette journée.

Et puis, mon amie, ta marraine a eu une pensée pour toi… C’est si important pour moi que personne ne t’oublie ❤️

Le procès

Je n’ai pas voulu y assister, j’ai préféré me mettre à distance de tout cela. Il y a un peu plus de 2 ans, de lire les rapports d’autopsie et conclusion d’enquête m’avait replongé dans tout cet événement avec la colère et tristesse associée. La seule chose que j’avais besoin de savoir était que j’étais innocente et que je n’avais commis aucune faute de conduite…je n’ose pas imaginer mon état si ça avait été le cas. Je culpabilise déjà un peu vu que c’était moi au volant, moi qui avait choisi cet itinéraire, moi qui avait choisi d’être sur la route à cette heure là.

Le procès est désormais terminé. Depuis le début, j’essaye de faire entendre via mon avocate que mon fils avait bien sa ceinture de sécurité. J’en étais sûre car c’est un réflexe qu’ont tous mes enfants et j’ai moi même été vérifier le lendemain de l’accident quand on a pu accéder à l’épave de la voiture, la ceinture était bouclée ce qui m’a permis d’un peu comprendre comment il a été éjecté. Néanmoins, la police et la justice n’ont rien voulu entendre et l’autopsie n’a pas pu appuyer mes dires. Ça me met en colère car j’imagine que ça déculpabilise un peu les auteurs de l’accident.

Le conducteur de la 1e voiture roulait à 186km/h…il m’a vu trop tard, il a voulu à priori doubler et a tapé l’arrière gauche de ma voiture où était installé mon fils (voiture 7 places donc peu de coffre). Il s’en tire avec 16 mois de prison avec sursis sans inscription au casier et 1 an de suspension de permis…juste 1 an de suspension alors qu’en roulant à près de 190km/h tu es conscient que tu prend un risque et que tu mets en danger les autres

La 2e voiture qui a renversé mon mari roulait à 171 km/h et a eu la circonstance atténuante que nous étions du coup sur la chaussée et que mon mari n’avait pas mis de gilet jaune. Il a eu le facteur aggravant de délit de fuite. 20 mois de prison avec sursis (sachant que lui avait fait avant procès si j’ai bien compris de la prison en liberté avec bracelet à cause de sa fuite) et 1 an de suspension de permis.

Nous avons eu des indemnités financières à priori correctes mais je suis en colère sur des peines aussi légères. Je n’ai même pas encore osé l’annoncer aux enfants. J’ai demandé confirmation à l’avocate vu que j’ai traduit moi même de l’italien et elle n’a pas daigné me répondre. Jusque là, elle a été présente et aidante, son silence me met des doutes sur la manière dont ella défendu mon dossier. Je ne demandais pas de la prison ferme, j’en avais discuté avec les enfants et ça n’aurait rien changé mais 1 an de suspension de permis, c’est si peu pour des personnes ayant commis ces crimes routiers (même si aux yeux de la loi il n’existe pas encore de ce délit).

11 ans pour toujours

Tout à l’heure, j’ai croisé dans un magasin une maman que je connais avec ses enfants qui ont l’âge de certains des miens…le choc quand j’ai vu son grand qui était un copain de mon fils. Il a désormais presque 14 ans et c’est devenu un ado…je ne l’aurais pas reconnu et je n’ai pu m’empêcher de me dire que mon fils deviendrait aussi un ado. Sur les photos, dans ma tête il a toujours sa bouille de petit garçon de 11 ans. Ça m’a fait un pincement au cœur : jamais je ne saurais à quoi aurait ressemblé mon fils.

Ne m’oublie pas

Ce week-end, en allant sur la tombe, je me suis aperçue que la boîte à message de mon fils avait été ouverte. En général, c’est ma fille ou moi qui déposons des dessins, des petits mots, des petits cadeaux un peu fragiles. Je regarde et un nouveau petit mot y avait été déposé…une de ses anciennes copines. Je ne sais pas comment elle savait où était sa tombe. 2 ans 1/2 après, quelle surprise et qu’elle émotion de savoir qu’on pense encore à lui alors que je sais très bien que ses copains sont retournés à une vie « normale », sont rentrés au collège, se sont fait de nouveaux amis, bref ont une vie d’ado.

Un petit extrait (j’ai enlevé une référence à une anecdote perso entre eux):
 » Mon cher meilleur ami, coucou c’est XXX (ta meilleure amie), j’ai tellement de choses à te dire mais je vais faire court. J’espère que tu vas bien et que de là où tu es, tu m’entends, tu me vois et veilles sur ceux que tu aimes . De mon côté, quelques fois c’est dur mais j’arrive à surmonter. En tout cas, je suis désolée de ne pas t’avoir rendu visite plus tôt, j’ai essayé, je te jure !
…..
Un truc, je t’en supplie NE M’OUBLIE PAS
Bisous ❤️ « 

Inutile de dire que j’ai fondu en larmes. Et ça me rend amère car même si je le savais, ça confirme que mon fils était un petit garçon très apprécié, et je trouve ça injuste qu’il ait eu une vie aussi courte. J’aimerais tant savoir l’ado qu’il serait aujourd’hui.

En colère

Même s’il est vrai qu’avec le temps, les sentiments s’apaisent, on apprend à vivre cette nouvelle vie, il y a des moments où resurgissent ces événements. Déjà les 18 ans de mon grand ont été un moment avec des sentiments ambivalents. Bien sûr, je suis contente de voir le jeune homme épanoui qu’il est mais c’est injuste de fêter cela sans son père et sans son frère.

Et puis la procédure est toujours en cours. J’ai une avocate qui m’apporte une aide précieuse mais l’administration française n’est pas toujours simple et des petits détails ravivent les souvenirs et les rancœurs. Ayant eu un certain nombre de documents suite à la procédure judiciaire, je n’ai pas pu m’empêcher de chercher sur les réseaux si je trouvais des informations sur les auteurs de l’accident… sans succès. J’attends maintenant le compte rendu final du procès, ce sera pour cet automne je pense.

Cet été, nous étions en Italie… J’ai conduit là bas et au-delà de l’angoisse que ça a pu parfois générer même si globalement ça s’est bien gérée, ça m’a mise en colère. Les italiens conduisent sans aucun respect des règles : vitesse excessive, franchissement permanent des lignes continues, aucun respect des distances de sécurité… C’est hallucinant ! Je comprends mieux ce qui nous est arrivé et ça me met en colère. Je sais que ce qui nous est arrivé est accidentel mais quand je vois leur mode de conduite, je me dis qu’au final ce n’est pas totalement accidentel, leur conduite est un peu criminelle et ça m’a mise en colère. Notre accident aurait pu être évité si les auteurs avaient respecté le code de la route… à coller les voitures avec une vitesse excessive, particulièrement la nuit, forcément la moindre erreur d’inattention peut se terminer tragiquement…on en a fait les frais. Je sais qu’ils étaient perturbés, je ne sais pas comment ils vivent actuellement avec cette culpabilité d’avoir tué un enfant et par « ricochet » également un homme, mais eux ont toujours leur famille auprès d’eux et moi je dois faire sans.

2 ans

2 ans que notre vie a basculé. Ça me paraît loin et proche à la fois. J’ai l’impression que ça fait une éternité que je ne les ai pas vus, pas entendu, pas touché et en même temps j’ai l’impression que c’était hier. Je me rappelle encore en détail tous ces moments. D’ailleurs, depuis quelques semaines, les souvenirs ou les sensations du moment de l’accident, le cri au téléphone quand j’ai annoncé la nouvelle à ma mère ou à ma soeur remontent parfois alors que c’était pratiquement parti depuis mes séances d’emdr. Et puis, même si ça fait 2 ans, avec le procès toujours en cours, quelques paperasses administratives, j’ai l’impression qu’on est toujours dans cette période post accident alors que pour pas mal d’amis, même s’ils restent très attentifs, cet accident fait partie du passé.

J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies  au cours de ma vie. Ma vie d’enfant/ado, ma vie de jeune adulte en couple avant d’avoir les enfants (une période au final assez courte de quelques années seulement mais pendant laquelle on a vécu à 200 à l’heure), notre vie de parents, et maintenant cette nouvelle vie à 4.

On a vécu cette journée un peu mieux que l’an passé. L’année dernière, on était en vacances en famille , donc bien entouré. Cette année, on était seul, on a été au cimetière tous ensemble. On verra demain comment ça ira. Ce week-end, en allant à la librairie où mon mari allait tout le temps, quand le libraire a évoqué mon mari, les larmes me sont montées de façon incontrôlable. Ça faisait longtemps. Et aujourd’hui, j’ai fait du tri dans notre cave. J’ai enfin mis dans un carton pour aller à la déchetterie tous les cours, cahiers de notes, fiches d’élèves qu’ils stockaient…20 ans de travail qu’il aimait et auquel il se consacrait beaucoup. La cave, qui depuis le jour de notre retour était le lieu de stockage de beaucoup de souvenirs (car j’avais eu besoin très rapidement de tout enlever de ma chambre et celle de mon fils) se vide petit à petit.

13 ans

Aujourd’hui, tu aurais fêté tes 13 ans.  Et pour la 2e fois, je ne te verrai pas souffler tes bougies, je ne te demanderai pas quel cadeau tu souhaites. Parfois, j’essaye d’imaginer l’ado que tu serais en train de devenir.

A la place, j’ai été déposer des roses au cimetière et ce soir on a fait envoler une lanterne avec ta sœur et tes frères.

Cette année, j’ai réussi à passer cette journée un peu plus sereinement…ce soir, au moment de se coucher, la tristesse et la fatigue de la situation reviennent.

J’aimerais tant pouvoir te revoir ne serait ce qu’un instant. J’aimerais tant pouvoir penser que tu es avec ton père et maintenant également ton grand père et qu’un jour on se retrouvera tous.

Une nouvelle période de fête sans vous

La période des fêtes se termine. 2e fête sans eux et un sentiment assez différent de l’an passé. L’an dernier, j’avais vécu avec beaucoup d’appréhension cette période, je n’avais qu’une hâte : que cela se termine. Cette année, je n’ai pas eu d’angoisse à l’approche de cette période, j’ai même retrouvé un peu de goût à le fêter. J’ai eu envie de cuisiner, de décorer la maison, de recevoir. L’absence est toujours difficile à gérer, il y a eu des petits coups de mous, des sentiments d’injustice de ne pas le fêter avec eux alors que tout le monde était réuni. On a gardé notre rituel d’aller allumer en famille une bougie chaque dimanche de l’Avent et on a été déposé des petits cadeaux symboliques sur leur tombe. Pour le 31, comme chaque année avec le même groupe d’amis. On a passé une bonne soirée, c’était chouette, on a ri, on a chanté, j’avais allumé leurs photophores dans le petit coin du salon qui leur est dédié mais j’aurais tant aimé qu’ils partagent celà avec nous. Dans ces moments là, même si je profite, j’ai un sentiment d’amertume. Et puis quand je vois les garçons des mes amis qui avaient le même âge que le mien, je les vois grandir, devenir des ados et je ne peux m’empêcher de me demander comment il aurait grandi, quel caractère il se forgerait ?

2023 n’a pas été une année formidable, mieux que 2022, ce n’est pas difficile, mais beaucoup de moments de tristesse, de doute, d’angoisse. Je suis contente d’être passée en 2024 même si je n’attends pas de miracle cette année, seulement qu’elle nous préserve de nouveaux coups durs et pouvoir profiter du mieux possible de notre quotidien.

Une période compliquée

Depuis quelques mois, ça ne va pas …je suis obnubilée par le fait d’être malade. Et au vu de mon parcours, les médecins et mon entourage mettent très vite celà sur un contre coup de ces 18 derniers mois. En attendant, le diagnostic n’avance pas, je reste convaincue d’être malade, les symptômes sont de plus en plus présents ces derniers jours. J’ai démarré un traitement anxiolytique en me disant que si c’était psychologique, ça irait mieux. Ça m’a calmé quelques jours, pas plus. J’avoue que je prends la dose minimale, moins que la prescription car on m’a tellement mise en garde sur le risque de dépendance.

J’essaye devant les enfants, devant les amis de faire comme si de rien n’était mais certains jours c’est difficile. J’aimerais qu’on prenne en compte mes symptômes et qu’un spécialiste puisse enfin se prononcer. J’ai réussi à trouver un rdv dans 2 semaines. J’ai conscience que les risques que ce soit la maladie à laquelle je pense sont faibles mais ils existent et le malheur peut parfois frapper au même endroit. J’aimerais tant pouvoir enfin être apaisée, je suis fatiguée de ces angoisses. Je n’ose plus en parler ni à ma famille, ni à mes proches amis car pour eux, c’est impossible que je sois malade et j’en ai marre de passer pour une « folle ». Mais moi, je sais que rien n’est impossible, le malheur n’arrive pas qu’aux autres. Je pense que tant qu’on ne l’a pas vécu, on est plus insouciant.

2 semaines…par moment ça paraît court mais ça semble aussi durer une éternité parfois

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